16/04/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

Un élément de la vie locale

01/01/1996
Le centre culturel de Penghu est l'un des rares à être devenu une étape touristique majeure. Une de ses principales attractions est la Maison des arts Ehr Tai, qui abrite les œuvres de l'artiste Chao Ehr-tai, un autodidacte qui passa les dernières années de sa vie aux Pescadores. Ci-contre, l'atelier de sculpture de l'artiste.

Les îles Pescadores (Penghu), un archipel d'une soixantaine d'îles situé à cinquante kilomètres au large de la côte sud-ouest de Taiwan, ont toujours été à la traîne par rapport à l'île de Taiwan en terme de développement socio­-économique. Les infrastructures y sont moins développées à cause du manque de ressources et de la rigueur du climat, marqué par de violentes rafales de vent pendant la saison des moussons (octobre à mars). Les possiblités d'emploi sont quasiment limitées à la pêche et à la modeste industrie locale du tourisme. La scolarisation ne s'étend pas au-delà du lycée, et lorsqu'ils rejoignent Taiwan, l'île principale, pour faire des études supérieures, les jeunes des Pescadores sont souvent désavantagés : ils entrent en compétition avec des jeunes mieux préparés qu'eux. Les habitants de la grande île ont en effet accès à de meilleures structures éducatives, de même qu'à de nombreux centres privés de préparation au concours d'entrée à l'université. Quant aux activités de loisir, les Pescadores se sont longtemps limitées à quelques bars karaoké et clubs de location de vidéos, et elles ne possèdent qu'un cinéma.

Ce sont justement ces faiblesses qui ont contribué à la réussite du centre culturel du hsien (district) de Penghu. Depuis son inauguration en 1981 sur Makung, l'île principale, le centre s'efforce de compenser par les activités qu'il propose la carence de ressources pédagogiques et culturelles de l'archipel. Ces dernières années en particulier, de nombreux nouveaux projets ont vu le jour, et le centre est devenu l'un des principaux pôles d'intérêt de la région. En fait, sur les vingt centres culturels de Taiwan, il n'en est peut-être aucun qui soit aussi important et nécessaire que celui des Pescadores. Il est devenu un refuge pour les 90 000 habitants de l'archipel aussi bien que pour les touristes et les historiens. « Dans d'autres villes ou districts, le centre culturel n'est qu'un centre culturel », remarque le directeur du centre de Penghu, Liu Ting­-chien. « Alors que le nôtre a de nombreuses fonctions. »

La plupart des installations du cen­tre sont les seules dans leur genre pour la vingtaine d'îlots habités de l'archipel. Il en va ainsi des trois bibliothèques ─ une de référence, une pour adultes et une pour enfants ─ de la vaste salle de lecture regorgeant de magazines et de périodiques, de la salle de conférences de 126 places qui se transforme en salle de cinéma plusieurs fois par mois, des deux salles de réunion de 40 places, et des deux galeries utilisées pour les ex­positions artistiques, ou pédagogiques autour de sujets tels que la sismologie ou les livres pour enfants. La salle de spectacles, qui peut accueillir près d'un millier de personnes, fut également une bénédiction pour la population locale. Le programme comprend de nombreuses animations ─ spectacles de marionnettes, concerts de musique classique, ballets modernes etc. ─ qui font souvent salle comble. Deux des attractions les plus prisées se sont révélées une aubaine pour les professeurs de sciences de la région : il s'agit du musée océanographique, qui a ouvert ses portes l'année dernière, et de l'observatoire d'astronomie, inauguré il y a six ans déjà.

Pour beaucoup dans l'archipel, explique M. Liu, le centre semble être l'unique endroit pour tout ce que l'île peut compter d'événements culturels, de distractions et d'activités extra-scolaires. « Nous avons fait à peu près tout ce qui était imaginable » dit M. Liu. Entre autres choses, le centre propose un emploi du temps complet de cours, pour les adultes comme pour les enfants. Cet été, l'on pouvait ainsi y prendre des cours de calligraphie, de peinture chinoise, de poterie, de musique traditionnelle et de chant choral. Pendant les vacances scolaires, le centre fait également office d'école de soutien, et propose aux écoliers et aux lycéens des cours de math, d'anglais et de composition.

Durant l'année scolaire, le centre assume une partie des coûts de trans­port pour les écoles qui souhaitent participer à ses activités. En outre, le cen­tre organise des conférences et des spec­tacles dans les écoles et les bases militaires, et assure même des programmes d'animation à la prison de Makung, qui compte 1 700 détenus. Cette année, parmi les spectacles destinés aux détenus, il y avait un récital de guitare du musicien taiwanais Su Chao-hsing. « Les organisations et les institutions locales supposent que nous avons l'espace nécessaire pour les spectacles et autres activités, de même que les rela­tions indispensables et la capacité de mobiliser les gens », dit M. Liu. « Si bien que tout le monde s'adresse à nous. »

Les visites guidées des vieux tem­ples et des autres sites historiques à travers l'archipel, qui ont lieu tous les week-ends d'avril à octobre, rencontrent un vif succès. En général, les participants ─ souvent des couples avec de jeunes enfants ─ sont assez nombreux pour remplir quatre autocars. Les groupes sont accompagnés par des guides qui ont suivi une formation intensive de quatre mois sur l'histoire, la culture, la géologie, la topographie et la faune de l'archipel. Récemment, un groupe de visiteurs s'est par exemple rendu sur l'île de Mao (île du Chat), qui est l'habitat naturel d'une espèce particulière de sternes. Un autre groupe a exploré l'île de Hua, dont le relief géologique est beaucoup plus ancien que celui des îles voisines : ces dernières furent formées par des roches volcaniques il y a environ 8,5 millions d'années, tandis que l'île de Hua date de 60 millions d'années et comporte une forte concentration de feldspath, de quartz et de pierre à chaux, ce qui la rapproche géologiquement parlant du continent chinois.

Bien que les visites aient un caractère éducatif, l'atmosphère y est décontractée. Parfois, les participants apportent du poisson frais et improvisent un barbecue sur la plage à la fin de la sortie. Lin Wen-chen, l'un des guides les plus expérimentés, pense que les visites ont une influence posi­tive sur l'attitude des habitants à l'égard de leur environnement. « Je suis particulièrement satisfait de voir un grand nombre de jeunes écoliers participer », dit­-il. « Ils apprennent beaucoup de choses sur la protection de l'environnement. » M. Lin a également remarqué que les excur­sions attiraient plus de jeunes étudiants se spécialisant dans le tourisme, un élément qui, espère-t-il, aura des conséquences positives sur le développement futur du tourisme dans les îles Pescadores.

Le centre des Pescadores a lui­-même une influence sur le tourisme. En fait, c'est l'un des rares centres culturels qui se soit transformé en attraction touristique. Chaque année, ce sont 400 000 personnes qui joignent les Pescadores par avion depuis Taiwan, pour profiter du climat d'été ensoleillé et des plages agréables des Pescadores. Le tout nouveau musée océano­graphique est souvent un passage obligé sur leur itinéraire. Ce musée est consacré à un élément essentiel de la vie dans les Pescadores : la relation étroite existant entre l'homme et la mer.

Le musée de la mer et la salle d'astronomie sont une véritable bénédiction pour les professeurs de sciences de l'archipel.

Les visiteurs commencent la visite par une petite salle de projection, où ils peuvent regarder une série de documentaires sur la vie marine et le relief de la région. Le hall principal comporte un diaporama et une exposition de spécimens minéraux et végétaux représentatifs des richesses aquatiques et terrestres de la région. Une exposition moins formelle permet aux visiteurs de voir de près les fossiles de certains coraux rares pour lesquels la région est particulièrement renommée. Une salle adjacente présente un monde marin miniature s'étalant du sol au plafond, divisé en zones maritimes du nord et du sud du détroit de Taiwan, et qui comprend des échantillons d'une grande variété d'espèces de coraux ainsi que des répliques d'équipements pour la cul­ture des huîtres gastronomiques et perlières.

Une autre attraction du centre est sa Maison des arts Ehr Tai, appelée ainsi en mémoire de Chao Ehr-tai [趙二呆], un artiste autodidacte qui élut domicile dans les Pescadores à la fin de sa vie. En fait, Chao vécut dans le centre culturel jusqu'à sa mort, au début de l'année dernière. Il avait alors quatre­-vingts ans. Lorsqu'il arriva dans l'archipel en 1988, il passa un accord avec le centre par lequel celui-ci promettait de réserver un millier de mètres carrés de terrains à la construc­tion d'un musée consacré aux œuvres de Chao, ainsi qu'un petit espace pour son logement et son atelier. En retour, Chao dessina le bâtiment et assura les frais de construction. A sa mort, Chao légua ses œuvres au centre.

des arts se compose de trois bâtiments de brique et de ciment à un étage et d'un jardin japonais où les visiteurs sont accueillis par de grandes sculptures abstraites. A l'intérieur, l'exposition révèle la diversité de la pro­duction artistique de Chao, qui va des calligraphies et des paysages chinois aux peintures à l'huile colorées, en passant par les objets en céramique et les instal­lations faites de morceaux de bois et de verre brisé. Au sous-sol, l'atelier est resté en l'état, parsemé de pinceaux, de pa­lettes et d'œuvres inachevées. Bien que la cote de Chao soit contestée (ses œuvres se vendent bien sur le marché de l'art à Taiwan, mais il n'a pas les faveurs des critiques), le centre culturel des Pescadores tient le musée pour une addition exceptionnelle. « Nous sommes très honorés qu'il ait séjourné ici », dit le directeur à propos de Chao Ehr-tai.

Le centre n'est pas fréquenté que par les touristes : un grand nombre de chercheurs désireux d'étudier les richesses naturelles, historiques et archéologiques de la région s'y arrêtent également. Grâce à la lenteur qui caractérise le développement de l'archipel, de nombreux sites historiques sont intacts. Les plus anciens objets découverts datent d'il y a environ sept cents ans, lorsque installa des représentants officiels dans l'archipel pour la première fois. « Ils ont laissé de nombreux objets utiles à l'étude de l'histoire des relations à travers le détroit », dit M. Liu. Le centre possède à ce jour une collection de 19 000 tessons de céramique et de porcelaine des dynasties Song (960-1279) et Yuan (1279-1368), dont la plupart ont été recueillis dans des épaves découvertes par des pêcheurs de l'archipel. Depuis 1986, des chercheurs appartenant à l'Academia Sinica, la première institution de recher­che de Taiwan, et aux universités du pays, utilisent les collections du centre dans le cadre de l'étude des premières colonies chinoises de peuplement dans les Pescadores.

M. Liu espère que les habitants de la région joueront progressivement un rôle plus important dans les pro­grammes de recherche historique. Cette année, une trentaine de personnes ont assisté à une série de conférences présentant les méthodes de fouille et de recherche sur le terrain enseignées par l'Academia Sinica. De nombreuses ses­sions ont également été organisées à l'intention des collégiens et des lycéens. L'étape suivante consistera à commencer les recherches elles-mêmes dans 97 villes et quartiers des Pescadores. De cette façon, les chercheurs espèrent se faire une meilleure idée de la vie quotidienne des premiers habitants de l'archipel. M. Liu quant à lui veut inciter les habitants du temps présent à apprécier à sa juste valeur le patrimoine historique de leur ville. « Nous nous sommes aperçus que les gens en savaient beaucoup sur les monuments architecturaux célèbres qui sont éparpillés dans l'archipel, mais qu'ils étaient très ignorants en ce qui concernait l'histoire de leur ville natale », explique-t-il.

Le centre aide aussi les habitants à découvrir leur région grâce à ses publi­cations. Chose rare parmi les centres culturels de Taiwan, qui ne produisent en général que des brochures introduisant leurs propres activités, celui des Pescadores a publié une vingtaine de livres, tous distribués gratuitement. Parmi eux, l'on trouve des guides pour l'identification des coquillages, des oiseaux migrateurs et des animaux fossiles de la région; des anthologies de poésies et de calligraphies réalisées par des artistes de la région; des livres sur les coutumes des habitants de l'archipel; et des photographies des Pescadores datant du début du siècle.

Les documents sont rassemblés par le personnel du centre et les membres de culturelle Chai-feng, qui est essentiellement composée de profes­seurs d'écoles de la région.

Une soixantaine de personnes travaillent également à titre bénévole avec la trentaine de membres permanents de cette société culturelle. Leurs missions vont des tâches administratives à la mise en place des expositions ou à l'accueil des spectateurs lors des représentations. Lin Wen-chen, le président de la société culturelle, note que de collaborer avec le centre culturel des Pescadores s'est révélé une expérience fort enrichissante. « Ce cen­tre a deux caractéristiques », dit M. Lin. « Une administration a rarement été aussi étroitement associée aux groupes privés, et un centre culturel a rarement tant fait pour la culture générale. » Il félicite également le personnel de ne pas avoir adopté le manque de serviabilité, de diligence et d'efficacité souvent associé aux administrations publiques. Au contraire, Lin Wen-chen considère les membres du personnel du centre culturel des Pescadores comme une extension de la communauté. « Ils sont aussi affables que vos voisins », conclut-il.

Wang Fei-yun

(v.f. Laurence Marcout)

Photos de Huang Chung-hsin

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